C’est une partie, petite, mais intense, de l’histoire de la Haute Couture à laquelle la maison de couture Robert Piguet a participé. Son fondateur, né en 1898, décédé en 1953 a monté dans un premier temps une maison de couture qui en 1920, proposait des batiks. Installé à Paris, cet apprentissage accéléré du monde parisien, la découverte d’un univers qui n’était pas le même que celui connu dans un Canton de Vaud, Suisse protestant, s’est avéré difficile, compliqué et exigeant. Après avoir vu fondre le pécule transmis par son père, banquier Suisse, Robert Piguet a fermé sa première entreprise et est parti travailler chez Paul Poiret, devenu un grand ami, puis chez Redfern.

Ce parcours de 10 ans chez un spécialiste du tailleur, Redfern, lui a permis de comprendre les subtilités de cette place parisienne ou la mode s’épanouit un peu mieux qu’ailleurs.
En 1933, il ouvrait sa nouvelle maison de couture et faisait partie de ces créateurs qui venu de l’étranger vont faire de Paris, la capitale de la mode. D’abord ouverte rue du Cirque, elle pris place en 1938 au 3 Rond-Point des Champs Elysées, Paris 08, ou elle va voir ses belles années jusqu’en 1951 ou elle sera fermée, suite aux problèmes de santé de Robert Piguet.
Les archives de cette période se trouvent désormais au Musée de la mode d’Yverdon.
Maison de couture tremplin pour une génération de styliste modéliste
Cette maison était située à un rond-point, mais elle ouvert un boulevard à de jeunes stylistes modélistes, qui ont pu y découvrir les subtilités et les complexités de la Haute Couture, de la gestion d’une clientèle internationale et qui ont pu continuer un parcours qui pour certains à pris une dimension mondiale. Presque tous ont lancé leurs propres marques, mais seuls les 2 premiers de la photo ci-dessous, ont eu l’audace, l’intelligence, la force de travail ou le petit coup de pouce de la chance, pour en faire une marque emblématique, qui perdure aujourd’hui, malgré la disparition de leurs fondateurs.
L’upcycling était déjà présent d’une certaine manière, sans ce que ce terme anglais soit utilisé, car pendant la guerre, certains modèles de manteaux notamment, étaient conçus dans des couvertures militaires, étant donné la pénurie de tissu. Aujourd’hui les enjeux sont autres, mais apprendre à faire avec moins reste une idée forte.

Christian Dior y a imaginé ses premiers modèles, dont un nommé « Café Anglais » en 1937, qui sera réinterprété en 1947 sous la forme du fameux tailleur Bar source Galerie Dior .
Hubert de Givenchy a quitté Jacques Fath pour cette maison dont il révait, à la suite d’un mercato, digne du 20 sièclesource mémoire HDG,
Del Castillo qui prendra par la suite la direction de Lanvin et deviendra le premier couturier à imposer son nom à une maison de couture avec la communication « Lanvin by Del Castillo » source Galliera.
Marc Bohan avait 20 ans quand il a fait ses premiers dessins et cela lui a permis par la suite de faire plus de 20 ans chez Dior.
Serge Guérin a vécu les dernières années de la maison de couture et a continué sa carrière chez Hermés.
On notera aussi le passage du couturier américain James Galanos qui a fait un « stage » d’un an chez Robert Piguet juste après la guerre. Une cohabitation étonnante entre 2 cultures, celle de la Californie ou ce couturier qui sera celui de Nancy Reagan, est par la suite toujours resté et celle d’une maison de couture parisienne.

Une maison de couture ce sont des idées et des savoir-faire
Au delà du tombé du tissu, sur une épaule, comme on peut le voir sur ces photos de « Bob », sont nom dans la famille, une collection, ce n’est pas seulement des dessins, même si cela commence par celà. C’est aussi des échanges avec toutes les personnes qui savent bâtir un vêtement, trouver un tissu rare, ou le faire faire, construire le patronnage, affiner ou même faire évoluer la silhouette imaginée.
Il ne faut pas oublier que derrière des pages de magazines à la mise en page trop bien léchées ou des images de réseaux sociaux qui sont le résultat d’un prompt, il faut un atelier avec des personnes détentrices d’un réel savoir-faire pour amener tout cela sur les épaules ou les hanches d’une cliente ou d’un client.

La fin d’une aventure
Si la maison de couture a fermé ses portes en 1951, ce n’est pas pour des raisons financières, mais à cause de la santé fragile de Robert Piguet. Je me souviens de la remarque de mon père qui en tant gérant s’est occupé de cette démarche et qui me citait la remarque du banquier (Le CCF de l’époque, avenue des Champs Elysées) » Mais Monsieur, on ne ferme pas une entreprise qui fait des bénéfices « .
Au-delà des problèmes de santé, il y a avait aussi une perspective inquiétante pour la Haute Couture qui se dessinait et qui allait remodeler considérablement le paysage de la mode. Elle s’appelait le Prêt à Porter.
Une discussion avec les équipes de Galliera m’a permis d’apprendre que les membres de la Chambre Syndicale de la Haute Couture se comptaient au nombre de 160 au début des années 50. Ils étaient moins de 20 au début des années 60. Le vent tournait et ce nouveau soufle était plutôt de la catégorie ouragan.

50% de la somme issue de la vente des actifs de la maison de couture, suite à cette fermeture, ont été reversé aux salariés en plus de toutes les mesures sociales de l’époque.
2023 un hommage à Robert Piguet
2023, c’est donc 90 ans après l’ouverture de la maison de couture et 70 ans après le décès de son fondateur. Cette année a vu une sorte d’hommage rendu à cette maison de couture et son esprit tremplin.
En dehors d’une rencontre avec l’école de mode LISAA, avec qui un workshop a été organisé la maison de couture Robert Piguet à été présente à deux autres occasions.
La série Balenciaga a laissé sa juste place à la maison de couture lors de l’évocation de la vie de Cristobal Balenciaga (une série qui montre bien sur la fin, comment le prêt à porter bouscule le monde de la Haute Couture)

La très belle exposition d’Azzedine Alaïa (dont la Fondation possède 20 000 modèles !!!) au Palais Galliera a montré des modèles de Robert Piguet parmi de très nombreux créateurs, avec souvent ce qui intéressait ce génial créateur, un travail particulier sur les drapés.

La maison de couture Robert Piguet à été fermée il y a plus de 70 ans et les archives officielles sont au Musée de la Mode d’Yverdon. Une société commerciale américaine exploite le nom en terme juridique et marketing pour commercialiser des produits de parfumerie.